L'utilisateur peut toujours courir.

SlowWeb - Retirez vos doigts de la prise !

dimanche 10 février 2013

 

à chaque seconde sur le Web :

 

  • Google reçoit 2 000 000 de demandes de recherche
  • Les Twittos envoient 272 070 messages
  • 571 nouveau sites sont créés
  • le Web mobile compte 217 nouveaux utilisateurs

En apparence, le rythme du Web se présente comme dans cette infographie de Neil Spencer

Connecté au Web, l'utilisateur attend des données, réponses et informations en temps réel (ou presque). Inscrit ou abonné à des services Web, on se retrouve inondé par les notifications et réactions. Bienvenue sur le "FastWeb". Votre attention est exigée maintenant, tout le temps. Ici, là et partout... (voir aussi les données annuelles de Pingdom)

Il est facile de définir le SlowWeb : Ce n'est pas le FastWeb !

Le 2 Janvier 2010, Benedikt Köhler, Sabria David et Jörg Blumtritt publient le Manifeste SlowMedia qui sera traduit et publié en août de la même année par OWNI.

Portrait-Rebecca-BloodEn Juin 2010 Rebecca Blood, Philosophe Gothique du Web, publie un article sur son blog qu'elle conclut par :

Le SlowWeb serait comme un livre, conservant beaucoup des éléments du FastWeb, mais sans hâte, réexaminés avec du recul.

La recherche ne serait plus limitée aux réponses immédiates. Les conclusions seraient volontairement différées à une bonne maîtrise du sujet. Les auteurs pouraient prendre le temps de rêve nécessaire. Une idée nouvelle ne devrait plus se produire en temps réel.

J'aime le FastWeb, et je mesure son énorme potentiel. Mais peu importe si un auteur est informé, intelligent ou talentueux, une idée qui a été tournée et retournée, à plusieurs reprises, est tout simplement différente de celle qui est formée en quelques heures, même fondée sur les meilleures données disponnibles.

Elle s'appuie aussi sur les réflexions de Jim Emerson à propos de l'esthétique et la qualité du SlowCinema.

Deux ans plus tard, Jack Cheng renforce et relance l'idée dans son article "The Slow Web" de juin 2012 mettant en avant les oppositions de temporalité et de rythme Homme / Web.

Entre temps est né le Manifeste SlowWeb qui propose une approche déconnectée des rythmes fulgurants propres au FastWeb et centrée sur les valeurs et qualités de l'Humain.

Le mouvement SlowWeb n'est pas une bande d'allumés fumant la moquette en regardant passer les gigabits d'un air hébété. 

Il s'agit d'un moyen efficace pour créer de la valeur sur le Web comme en témoigne par exemple la démarche marketing du service iDoneThis basée sur le qualitatif slow.

En france aussi l'idée fait son chemin "la qualité a besoin de temps".

Portrait-Jerome-BouvierComme par exemple Jérôme Bouvier aux assises du journalisme :

l'acte d'informer et le métier de journaliste supposent qu'il y ait un temps minimum entre le moment où l'on va chercher l'information et le moment où on la redistribue.

Comme aussi Alice Antheaume dans un article sur son blog Slate : "On se calme et on boit frais".

pour la plupart des sites d'informations généralistes, retirer les doigts de la prise s'avère compliqué. Le tempo de l'information n'a jamais cessé de s'accélérer, et cela s'est encore amplifié à la naissance des réseaux sociaux, réduisant à un clignement d'oeil le laps de temps entre l'arrivée d'un événement et son écho en ligne.

Comme enfin Marie Tarteret sur le blog-atelier de l'ASJ Tours dans son enquête "Le slow journalisme au secours du format long" :

Alors, nouvelle démarche le slow journaliste ? Pas réellement. Les deux sociologues s'accordent à dire que ce n'est pas une approche inédite. Derrière ce terme novateur se cache un phénomène qui a toujours existé. Les journalistes qui ont une certaine reconnaissance et qui décident d'en profiter pour publier leurs écrits dans des livres, afin de s'affranchir des contraintes externes, ont toujours existé. " On veut informer vite au lieu d'informer bien. La vérité n'y gagne pas" avançait déjà Albert Camus en 1944 dans la revue Combats.

Bref, le retour de la qualité sur le Web est en marche et accessible seulement à ceux qui comprennent que le rythme du Web n'est pas celui de l'Homme, que l'un est au service de l'autre et pas l'inverse.

PS : Merci Valérie d'avoir éclairé un Monsieur Jourdain qui pronait du SlowWeb sans le savoir.